Bryan Bergougnoux : "J'ai une histoire particulière avec l'OL"

Bryan Bergougnoux : "J'ai une histoire particulière avec l'OL"

Pour ce troisième épisode des interviews 100% OL, la rédaction est partie à la rencontre d'un vrai gone, Bryan Bergougnoux. Né à Lyon, cet amoureux de l'OL aura pris part à 48 rencontres sous le maillot rhodanien pour six buts. Il connaîtra ensuite une carrière probante notamment du côté de Toulouse ou encore de Tours. Son amour inconditionnel pour l'OL, sa carrière, Bryan Bergougnoux n'a éludé aucun sujet. Une rencontre extrêmement plaisante et inspirante pour tout bon supporter de l'OL !

Bryan, bonjour et merci d'avoir accepté notre invitation pour cette interview croisée format papier. Comment vas-tu?
Très bien merci.

Peux-tu nous expliquer tes débuts dans le football et comment t'es venue cette passion? Comment as-tu été repéré par l'OL et comment intègres-tu le centre de formation?
D’abord j’ai baigné dans le football car mon père et mon oncle jouaient tous les deux et je passais mes week-ends sur les terrains de football à la Croix Rousse où à Caluire. J’étais fasciné par l’ambiance des matchs, je me suis donc mis à jouer. Mes premiers clubs ont été Valencin, Heyrieux puis l’Olympique St Genis Laval. J’étais déjà complètement fou de football mais à St Genis j’ai eu un éducateur qui s’appelle Jérôme Guichard qui m’a définitivement fait aimer ce sport. J’ai passé trois années à l'école de foot avant de faire un test à l’OL avec mon meilleur ami. C’est là que René Duplessy m’a repéré et que mon histoire avec l’OL a commencé.

Lors de la saison 2001/ 2002, tu disputes ton premier match professionnel en entrant en jeu à Bollaert lors de la 1ere journée. Que ressens-tu à ce moment-là? Grâce à cette entrée, tu es d'ailleurs champion de France pour le 1er titre de l'histoire du club. Pouvais-tu l'imaginer à cet instant?
Tout d’abord, il y a eu un concours de circonstances exceptionnelles pour que je me retrouve dans le groupe car je sortais à peine de la formation à ce moment-là et d’autres joueurs comme Julien Viale ou Roland Vieira étaient prévus avant moi pour intégrer l’équipe. Mais par chance, ce fut moi. Je n’avais aucune appréhension, j'étais surtout très excité. Le groupe m’a très bien accueilli après je savais que ce n’était que pour dépanner et que je retournerai avec l’équipe 3 ensuite !

Tu ne referas plus aucune apparition le reste de la saison ni la suivante. Frustrant?
Un peu frustrant parce qu'au fond de moi je sentais bien que je pouvais jouer dans cette équipe mais à cette époque, on ne lançait pas les jeunes comme aujourd’hui. Il fallait d’abord passer par la DH puis la CFA. C’était le parcours normal donc j’ai accepté mais je suis persuadé que j’ai perdu du temps même si les passages par la DH et la CFA m’ont permis de m’aguerrir et d’apprendre à gagner. C’est d’ailleurs deux titres qui restent d’excellents souvenirs pour moi.

Paul Le Guen te fait rentrer en jeu en remplacement de Julien VIale lors du trophée des champions 2003. Est-ce le moment pour montrer tes qualités pour prétendre jouer?
C’était le moment pour moi de montrer que je voulais intégrer définitivement le groupe. J’étais prêt et j'avais le sentiment d’avoir déjà trop attendu.

 

Lors de la saison 2003/2004, tu disputes 16 matchs toutes compétitions confondues et tu inscris ton premier but en professionnel en Coupe de France. Un premier but pour un attaquant, c'est forcément quelque chose dont on se souvient? Peux-tu nous le raconter?
Oui je me souviens très bien de ce but. C’était sur un terrain très difficile. J’avais mis un très beau but d’un ballon piqué. Juni m’avait dit que j’allais marquer avant le match et ça m’a certainement libéré au moment de tenter ce geste. Ça restera un très beau souvenir mais comme c’était face à une équipe amateur, je n’avais à ce moment là pas le sentiment d’avoir mis mon premier but en pro. Je voulais marquer contre une équipe professionnelle.

La saison suivante, tu joues 31 matchs toutes compétitions confondues pour 5 buts. Peux-tu nous parler de ton début d'année 2005 où tu marques presque tous les matchs? Tu marques aussi un but en Ligue des champions. Marquer dans cette compétition est-ce encore plus particulier? Tu peux nous parler un peu du fameux traumatisme Eindhoven?
Déjà, je marque le 8 décembre en Ligue des Champions avant même d’avoir marqué en championnat. Ça restera un souvenir incroyable, puis j’enchaîne des titularisations en janvier à un moment où les titulaires habituels semblent un peu émoussés. Je mets mon premier but en championnat le jour de mon anniversaire, puis j’enchaîne les buts et gagne ma place de titulaire avant de me faire une énorme entorse à Monaco. J’ai voulu rejouer trop vite pour ne pas manquer le derby. Ça a été une erreur car j’arrivais quasiment pas à tourner ou freiner et ça a nui à mes performances. J’ai traîné cette blessure un long moment mais contre Eindhoven j’étais prêt. Nous étions tous prêts d’ailleurs. Pour moi, c’est le plus grand regret de ma carrière… nous étions tellement forts et je me sentais également très fort. Paul m’envoie m’échauffer dès la deuxième mi-temps mais fait rentrer Hatem à ma place pendant la prolongation. Je sais que Hatem est un génie mais je reste persuadé que j’étais plus prêt que lui à ce moment et que j’aurais pu débloquer la situation. A cela s’ajoute un des plus gros scandales de l’histoire de la LDC. C’est donc un traumatisme pour moi car je suis sûr que nous aurions gagné la Ligue des Champions cette année-là !!!

"L'OL est le club où j'ai vu le plus de talents"

Lors de cette même saison, le football a découvert un certain Karim Benzema. Tu es d'ailleurs buteur pour sa première apparition en pro et c'est lui qui te délivre la passe décisive. Et quel but ! Est-ce qu'à ce moment-là on se rend compte du joueur de classe mondiale qu'il deviendra?
Personnellement je l’ai découvert quand il avait 13 ans dans un tournoi au Lavandou. Je l’appelais petit Zizou. Il était déjà trop fort mais il était très lent et à cause de ça il ne jouait pas beaucoup. Je soûlais son coach Pascal Yvars pour qu’il fasse jouer petit Zizou. Bien évidemment, je ne pouvais pas savoir qu’il aurait cette carrière mais je savais qu’il était trop fort ! L’OL a vu passer des génies dans son centre de formation. Ils ont tous eu des carrières différentes mais il y a des joueurs comme Steed Malbranque, Moussadek Senoussi, Alexandre Hauw, Leeroy Anton, Hatem Ben Arfa qui avaient le même talent que Karim, cette même façon de jouer au football. L’OL est le club où j’ai vu le plus de talents.

Tu es transféré à Toulouse lors du mercato estival 2005. Pourquoi ce transfert? Est-ce que Gérard Houllier fraîchement arrivé et l'effectif étoffé ne te garantissaient pas suffisamment de temps de jeu? Besoin de jouer justement?
Je vais être très honnête, le départ de Paul Le Guen a beaucoup joué dans ma décision mais j’avoue que je n’étais pas emballé par l’arrivée de Mr Houllier. J’avais en tête le fait qu’il avait mis la responsabilité de la non-qualification de l’équipe de France au Mondial 94 sur le dos de Ginola alors que la France avait deux matchs faciles pour se qualifier. Je sentais que ça ne passerait pas entre nous, peut-être à tort d’ailleurs car beaucoup de coéquipiers m’ont dit que pour eux ça se passait bien.

Tu resteras 4 ans à Toulouse, disputeras 127 matchs pour 10 buts. On parle beaucoup de rugby dans la ville rose mais est-ce aussi une ville de foot? Quel est ton meilleur souvenir à Toulouse?
Bien évidemment que c’est aussi une ville de football et on l’a vu toute cette saison en Ligue 2. J’ai tellement de bons souvenirs là-bas avec la qualification en LDC mais ma dernière saison restera mon meilleur souvenir. Un groupe extraordinaire avec Sirieix, Cetto, Gignac, Capoue, Didot, Sissoko, Mathieu, Fofana, Braaten... Que des gars en or…

Tu tentes ensuite l'aventure en Italie du côté de Lecce. Tu es champion de Serie B. Et aussi tu es prêté à 2 reprises. A Châteauroux et à Nicosie. Que retiens-tu de ces différentes expériences?
Des supers moments et des moments difficiles mais des expériences riches. Jouer à l’étranger, ça vous apprend tellement de choses. Puis j’aurais aussi toujours les souvenirs d’avoir gagné des titres avec la Serie B et la Coupe de Chypre dans des lieux où les supporters sont extraordinaires et bouillants.

“J’ai une histoire particulière avec l’OL”

De 2012 à 2018 tu évolues à Tours. Et là, j'aimerais revenir avec toi sur 2 moments : Le 1er décembre 2015, tu reviens à Gerland et tu es accueilli par les Bad Gones avec une banderole " Bienvenue chez toi ! Bryan ". Que ressens-tu à ce moment-là? Le 2e : ASSE, Ruffier, panenka. Le combo parfait? Au moment de tirer, c'est le lyonnais qui s'élance non?
Pour le retour à Gerland, c’est l’un des moments les plus forts de ma carrière. J’ai une histoire particulière avec l’OL. J'ai eu la chance de jouer en lever de rideau de la victoire en Coupe de la Ligue au Stade de France puis de jouer le premier match des 7 titres et enfin de jouer le dernier match officiel de l’OL à Gerland. La banderole … les supporters ne peuvent pas imaginer la fierté que ça a été pour moi ce jour-là devant ma famille et mes proches. Je leur en serais à jamais reconnaissant. Et je suis persuadé que cette histoire n’est pas finie.
Quant à la panenka, elle arrive dans un contexte particulier car quelques semaines avant le tirage, j’avais fait une chose que je regrette car un joueur n’a pas à faire ça! A savoir brûler l’écusson d’un groupe de supporters de St Étienne que m’avait collé Fousseni Diawara sur mon casier de vestiaires. Du coup, juste après le tirage, j’ai reçu des milliers d’insultes et de menaces. Dans les dix dernières minutes, alors qu’on est menés 2-3 arrive ce penalty et 5 minutes d’attente avant de pouvoir le frapper. Je sais que j’ai une énorme pression à ce moment-là mais je suis totalement zen. Je sais ce que je vais faire dès la première seconde. Marquer et leur montrer qui je suis et par la même occasion envoyer un message aux supporters de l’OL… Une façon de leur dire que je pense toujours à eux.

Tu finis ta carrière à Thonon-Evian dont tu es l'entraîneur désormais. Tu t'éclates? As-tu pour objectif d'entraîner un jour au plus haut niveau? À l'OL?
Oui je m’éclate et bien évidemment que j’ai dans un coin de ma tête un jour de servir l’OL. Mais pour l’instant j'ai l'objectif d’amener Le Thonon Evian Grand Genève jusqu’au professionnalisme et de construire un club humain avec des valeurs que tout le monde pense incompatibles avec le football de très haut niveau.

3 fois champion de France, 2 trophées des champions, 1 titre de Serie B. En sélection espoirs, tu remportes le tournoi de Toulon 2004 en finissant meilleur buteur : 4 buts. Un joli palmarès. Es-tu fier de ta carrière? As-tu des regrets?
Oui je suis fier de ma carrière. Il y a eu des hauts et des bas mais je n’ai jamais triché. Je n’ai pas toujours choisi le chemin le plus facile et mes problèmes extra-sportifs ne m’ont clairement pas aidé mais je n’échangerais pour rien au monde ma carrière contre celle d’un autre! J’ai vécu trop de choses et elle a fait de moi quelqu'un de plus en phase avec mes convictions et de bien plus épanoui. Des regrets, j’en ai pas si ce n’est de n’avoir pas joué plus tôt en 6. J’aurais pris beaucoup plus de plaisir!

Tu es l'un des rares footballeurs professionnels à avoir parlé sans tabou de l'argent dans le foot et surtout des arnaques dont les footballeurs étaient victimes. Que dirais-tu à un jeune qui arrive dans ce monde là pour justement éviter ces problèmes là?
De payer ses impôts, d'économiser la moitié de ce qu’il gagne et d’attendre d’avoir passé trente ans avant d’investir car avant on ne sait pas vraiment ce que l’on souhaite faire de son argent. Ensuite d'acheter ce qu' il peut toucher et sans faire de crédits. Dernier point : trouver la bonne compagne ! C'est le seul point que j’ai réussi à faire et cela m’a sauvé.

Que penses-tu de l'actualité de l'OL? La fracture gouvernance/joueurs/supporters. Selon toi, les supporters sont-ils trop exigeants? Le président gère-t-il au mieux la communication et les affaires courantes du club?
Je ne crois pas que les supporters soient trop exigeants. Les supporters Lyonnais sont très indulgents à partir du moment où tu ne triches pas et que tu donnes tout. Quant au président, c’est le meilleur de tous ! Ce qu'il a fait pour le club est incommensurable et je n’ai pas la mémoire courte. Je serai toujours le premier à le défendre et à aller à la guerre pour lui.

Bryan, merci mille fois pour cet entretien. Qu'est-ce que l'on peut te souhaiter pour la suite? Si on devait finir avec un mot de ta part aux supporters lyonnais et aux lecteurs de 100% OL by GoneBack, ce serait lequel?
Me souhaiter d’être en bonne santé moi et ma famille et de continuer de pratiquer ma passion. Quant aux supporters de l’OL, continuez d’être les meilleurs. J’aurais toujours un immense respect pour vous et je me sentirais toujours un des vôtres.

Propos recueillis par Florian et Cook'/ Rédaction: Antoine Melinand et Jérémy Le Roch

 

Antoine

@Djims68 - Journaliste, passionné du football en surface mais amoureux de l'OL en profondeur.