Mourad Benhamida: "L'OL n'attire pas forcément aujourd'hui"

Mourad Benhamida: "L'OL n'attire pas forcément aujourd'hui"

Pour ce nouveau numéro de l'interview 100%OL by Goneback, la rédaction est allée à la rencontre de Mourad Benhamida. Passé par le centre de formation de l'OL, il revient pour nous sur ses années lyonnaises et son parcours. A lire sans modération.

Mourad, bonjour ! Merci d'avoir accepté notre invitation pour cette interview. Comment vas-tu ?
Ça va très bien, merci à vous pour l'invitation. En ce moment, période de vacances, on repose le corps et l'esprit.

Tu arrives à l'OL à 7 ans et tu intègres ensuite le centre de formation, tu es capitaine dans toutes les catégories d'âge. Est-ce que tu peux nous raconter ton parcours ? Est-ce que tu as des anecdotes sur le centre ?
Au niveau du parcours, c'est quand même intéressant. Quand je parle avec des amis autour de moi aujourd'hui, ils me disent « Tu es rentré à 7 ans et tu es resté jusqu'à 20 ans, comment t'as fait ? »
J'ai pas de recette. C'était le fruit du travail, le sérieux, l'investissement. J'ai eu la chance de rentrer à 7 ans, mon père m'avait emmené pour faire quelques détections. C'était un peu plus facile à l'époque. J'ai eu la chance de rentrer en débutants et puis ça s'est enchaîné. Année après année, j'ai pris du plaisir surtout en étant jeune et, arrivé à l'âge de 15-16 ans, du sport-études, on rentre dans une nouvelle étape.

J'ai continué, je suis resté le même. J'ai développé mes compétences footballistiques, je suis aussi resté sérieux à l'école, c'est très important, du collège jusqu'au Bac. Comme vous l'avez dit de 7 ans à 20 ans, donc il y en a eu des catégories, il y en a eu des championnats, il y en a eu des coéquipiers aussi. Certains que j'ai connu qui ne sont pas restés longtemps et d'autres qui ont fait carrière, comme Karim Benzema ou Hatem Ben Arfa. On a eu pas mal de titres aussi avec la génération 86-87.

Après en termes d'anecdotes, les titres c'est ce qui reste de plus beau, ce sont les meilleurs souvenirs. Le titre de champions 18 ans, la finale de Gambardella... Champions de France de réserve aussi avec Robert Valette. Après me concernant, je me suis fait gronder par l'ancien directeur sportif parce que j'avais pas mis mon réveil. C'était un match de déplacement CFA mais c'est la première et dernière fois. En termes d'anecdotes footballistiques, on peut parler d'Hatem Ben Arfa. Sur les qualités footballistiques, il y a rien à dire parce qu'il nous a retourné des matchs, il nous en a fait gagner. Je me rappelle d'un match à Saint-Etienne où on perd 1-0 et il en met 3 derrière. Il se réveille, il dit « Attendez les gars, c'est pour moi aujourd'hui. » En finale aussi du championnat U18, il y a une petite anecdote où on rentre dans le vestiaire, on perd 1-0 à la mi-temps contre Nantes et au niveau tactique c'était pas trop ça parce que Hatem il était couloir gauche, moi j'étais arrière gauche. C'est quelqu'un qui même en jeunes, en électron libre, faisait très mal. En ayant Karim en pointe, c'est vrai qu'on l'avait quand même trouvé un peu esseulé. A la mi-temps, on va voir le coach, on essaie de discuter, moi parce que j'étais capitaine, Karim... On a un peu donné notre avis, on a été audacieux parce que normalement c'est le coach qui décide et ce jour-là, on lui a parlé, il a modifié et ça a payé parce qu'en 2ème mi-temps, on en met 4. On remporte le titre. Ça c'est une belle anecdote car à la mi-temps, on a su être responsables, on a discuté ensemble et c'est ce qui a fait la différence sur la deuxième mi-temps.



Tu signes ton premier contrat pro en 2006. Comment tu vois cette signature ? Est-ce que pour toi, c'est un aboutissement ou le début d'autre chose ?
Effectivement 2006, après mes deux années stagiaire pro, je signe mon contrat pro. On peut parler d’aboutissement sur le plan cursus, formation. Au niveau contractuel, j'ai eu 2 ans de contrat aspirant, 2 ans de contrat stagiaire et ensuite je signe pro. Mais c'était pas non plus une fin en soi car c'était aussi le commencement dans le monde senior, le monde adulte. Et quel monde senior ! Quand on est à l'OL dans les années 2000, et quand on a la chance d'être en N2 et de côtoyer des joueurs professionnels, j'ai réussi à faire quelques entraînements avec eux, c'était un rêve pour moi. C'était limite inaccessible au début. Et après, j'ai eu la chance de signer pro. J'ai fait un an, j'ai été international à cette période là en équipe de France U20. Franchement, c'était des gros souvenirs. Quand on intègre après le vestiaire, c'est magnifique. J'étais un peu intimidé, c'est normal vu le vestiaire qu'il y avait à l'époque, les noms surtout. Après, c'était aussi une continuité quelque part et j'étais fier de signer pro dans mon club formateur, dans ma ville. C'était vraiment un objectif quand je suis arrivé à l'âge de 16 ans.

Et en équipe de France U20, j'imagine que tu as côtoyé quelques noms qui ont fait carrière ensuite ?
Bien sûr. J'en ai côtoyé pas mal de la génération 86. J'ai eu la chance d'être avec Didier Digard, Younès Kaboul, Hugo Lloris par exemple. Yoann Gourcuff que j'ai eu la chance de côtoyer en équipe U16-U17. Eux, ils avaient une avance dans leur propre club. En U17-U18, j'étais dans ma catégorie à l'OL ce qui est très bien mais eux, c'était des joueurs qui avaient déjà un pied en professionnel, déjà des matchs en Ligue 2 voire en Ligue 1. C'était très bien, on arrivait à échanger là-dessus, c'était bénéfique et vraiment constructif aussi sur le terrain.



En 2007, tu rejoins Montpellier pour un contrat de 3 ans. Est-ce que c'est un regret pour toi de ne pas avoir porté le maillot lyonnais en match officiel ? Comment tu expliques que tu n'aies pas eu cette chance ?
Effectivement, 2007, fin de contrat avec l'Olympique Lyonnais. Une année où j'ai pas mal appris avec les pros. Quand on a 19-20 ans, on apprend aux côtés des meilleurs. Quand on parle du grand OL, c'était vraiment des grands joueurs. Sur le plan compétitif, j'ai pas eu la chance de porter ce maillot, c'est un regret mais j'ai tout fait pour. J'ai pas triché, j'ai toujours été le même depuis tout petit. Je suis quand même resté une quinzaine d'années à l'OL donc j'aurais aimé porter le maillot officiellement une fois car même si je l'ai porté sur des stages ou des matchs amicaux, je ne l'ai jamais porté en rencontre officielle et c'est un petit peu le regret. Après, comment je l'explique ? J'en sais rien, j'ai jamais eu de retours. Je pensais que sur la fin de saison, on allait me donner ma chance, me faire plaisir, sachant que Lyon est déjà champion à 3-4 journées de la fin. Donc oui, j'aurais aimé, ça aurait récompensé mon investissement durant toutes ces années passées mais je bloque pas là-dessus. C'est fait, c'était mon destin.

Dans ta carrière, tu as fait l'OL, Montpellier, La Duchère, le Club Africain, Chasselay et Vaulx-en-Velin. Aujourd'hui, quel regard tu portes sur ta carrière ? Est-ce que tu as des regrets ? Est-ce que tu es fier de ce que tu as fait ?
Avant tout, et c'est ce que je dis même à des jeunes que j'entraîne aujourd'hui, il faut être fier, ne pas avoir de regrets, tout donner à l'instant T. Et moi, ça a toujours été ma philosophie. Si j'ai eu la chance d'entrer à l'OL à 7 ans, d'en sortir à 20 ans et de signer pro derrière, c'est que c'est le fruit du travail, donc j'ai pas de regrets là-dessus. Après oui, mes trois années à Montpellier, notamment la dernière qui a été assez difficile avec René Girard en Ligue 1, où j'ai pas eu énormément d'occasions de briller même si j'ai eu une ou deux opportunité et ça a bien marché, mais derrière, j'ai pas eu la continuité et la confiance de l'entraîneur. On peut dire parcours atypique mais c'est ce qui m'a forgé et m’aide aujourd'hui à relativiser, à conseiller certains parents qui viennent me poser des questions. J'ai pas de regrets, j'ai jamais triché. Ce qui m'intéressait, c'était le rectangle vert. J'ai jamais fait attention à ce qui pouvait se dire avec les agents, à côté dans les bureaux. Mon agent m'a laissé tombé à l'été 2010 et c'est ce qui a provoqué ce retard derrière pour trouver un club professionnel. Comme on dit, le train passe une fois, pas deux. Mon ancien agent est Frédéric Guerra, c'est le passé, je vais pas m'étaler là-dessus mais c'est sûr que j'ai pas été bien entouré à ce moment-là, bien conseillé. J'ai essayé de rebondir en N2, j'ai essayé d'aller voir un peu à droite à gauche et j'ai décidé de revenir dans la région à 27-28 ans définitivement et après, j'ai essayé de continuer de jouer pour le plaisir.



Tyrell Malacia devait s’engager avec l’OL, deal qui a capoté notamment à cause de ses agents. Penses-tu qu’aujourd’hui ces agents prennent trop de place sur le marché des transferts ?
Pour Malacia j’ai suivi de loin, je n’ai pas vraiment d’infos. Mais oui, c’est certainement une histoire d’agents. On parle de commissions, de partages, c’est très compliqué. Les négociations sont dures. Aujourd’hui il y a une spéculation qui fait qu’on ne parle que d’argent et plus de sportif. Je trouve ça désolant. Je pense qu’on donne des contrats trop rapidement. D’un côté, c'est bien mais derrière, c’est dangereux. Des joueurs qui ne sont pas encore matures et qui touchent des grosses sommes mais ensuite se retrouvent sans club. Ça fait pas mal de dégâts.

Depuis peu, l’OL est entré dans une nouvelle ère avec l’arrivée de John Textor. Comment vois-tu ce changement ? Les Lyonnais regretteront ils Jean-Michel Aulas selon toi ?
Forcément je suis de l'ancienne école. Monsieur Aulas a tout mon respect. Et je pense que tous les supporters, même non lyonnais, le respectent. Le travail qu’il a fait est hors normes. C’est son choix aujourd’hui, il faut le respecter. Lyon entre dans une nouvelle ère, c’est une nouvelle façon d’investir, de manager. Avant c’était Aulas et Lacombe. Maintenant on parle d’investisseurs américains, chinois, russes … C'est le football d’aujourd’hui, ça crée des bonnes choses mais derrière c’est dangereux. La chute est dangereuse quand ces investisseurs s’en vont. On l’a vu avec Bordeaux. Moi je suis plus de l’ancienne école mais si ça fait du bien et que les investissements sont sérieux sur la durée...

Jean-Michel Aulas devrait rester président pendant trois ans minimum. Une bonne chose selon toi ?
Si Aulas reste encore trois ans c’est aussi je pense, pour accompagner les nouveaux investisseurs, les futurs dirigeants. Petit à petit, il s’en ira mais il gardera un œil et lui donnera des conseils. C’est une bonne chose, l’OL a sûrement réfléchi là-dessus. C’est mieux que partir d’un coup. Le futur nous le dira !

L’année prochaine l’OL ne jouera pas de Coupe d’Europe. Penses-tu qu’il soit tout de même possible pour Lyon de réaliser un mercato ambitieux ?
L’OL a les moyens financiers mais aujourd’hui un joueur de haut niveau pourrait ne pas venir à l’OL puisque Lyon ne joue pas la Coupe d’Europe. L’OL n'attire pas forcément aujourd’hui. Les joueurs sont égoïstes. Dès qu’ils peuvent mettre un pied dans un club qui joue la Ligue des Champions, ils iront et leurs agents les y poussent aussi. Actuellement, Lyon est un bon club mais plus un “grand” club. Lyon est en construction, ils remontent la pente. Mais on veut revoir le Lyon de l’époque, on veut retrouver la LDC, exister en Coupe d’Europe. Il n’y aura pas de Coupe d'Europe l’année prochaine mais cela permettra peut-être de mieux travailler en amont et de finir la saison prochaine dans les trois premiers.

On parle notamment beaucoup de l’ADN Lyonnais avec les retours d’Alexandre Lacazette et Corentin Tolisso. Caqueret et Lopes également ont prolongé. Ton avis là-dessus ? Est-ce la bonne solution ?
On ne connaît pas vraiment leur état d’esprit après leur passage à l’étranger. Si on se fie aux interviews, ils ont le cœur et l’envie donc il faut que ça se concrétise sur le terrain. Personnellement, je ne suis pas partisan des retours de ce genre. Je préfère être dans la prolongation d’hommes forts de l’équipe comme Maxence Caqueret ou Anthony Lopes. On voit que pour certains joueurs on a des doutes sur leur état physique. Après si ça réussit, tant mieux. Ils ont cette envie de réussir, ça c’est sûr.

En tant qu’ancien latéral, que penses-tu de l’ascension de Malo Gusto ? Jusqu’où le vois-tu aller ?
C’est vrai qu’il a été tout de suite impressionnant. On avait presque l’impression qu’il jouait depuis longtemps. Il a de bonnes capacités physiques, il a une intelligence de jeu et est bon techniquement. C’est un joueur intéressant et Lyon a tout intérêt à le conserver. Il peut aller très loin, il a tout pour faire une grande carrière. Je ne suis pas friand des jeunes qui partent tôt de leur club. Il a encore à prouver sur une saison complète. Il a été un peu en concurrence avec Léo Dubois, il n'a pas joué tous les matchs. Il doit rester encore un an ou deux pour progresser.

A titre personnel, que fais-tu désormais ? Quels sont tes projets ?
J’ai joué une dernière saison en Régional au FC Lyon comme joueur de l’équipe 1 et coach des U18. J’ai passé et obtenu ma licence avec l’UEFA pour exercer comme coach il y a deux ans. J’aimerais me consacrer au rôle d'entraîneur. Je fais un peu de perfectionnement avec des jeunes aussi. Enfin, j’ai trouvé un équilibre entre vie privée et vie professionnelle, je travaille dans le médical. On est sur le terrain, je cherche à évoluer. Jamais très loin du football, je suis toujours au bord des terrains, j’aime entraîner, j’aime transmettre.

Merci beaucoup Mourad d’avoir répondu à nos questions ! Si on devait finir par un petit mot pour les supporters lyonnais et lecteurs de 100%OL by Goneback ?
Merci à vous pour cet entretien, c’était un grand plaisir. Continuez d’y croire, ne lâchez rien. Les joueurs ont besoin de vous, c’est ce qui fera leur force. Éviter aussi tout ce qui est débordements … Parce que ça fait beaucoup de dégâts !

Propos recueillis par Antoine Melinand/ Rédaction: Antoine Melinand et Jérémy Le Roch

Jérémy

Jérémy - @Breizhgone56

Occupé à plein temps par l'OL, bien que ce soit pas toujours un cadeau, il s'en contente.